Lola Sorrenti
Conseil éditorial à Paris 10

Les idées reçues en écriture


Est-ce qu'écrire vous fait peur ? 

Depuis 4 ans, j’anime des ateliers d’écriture et j’accompagne des projets littéraires, parfois jusqu’à leur éclosion. 
Si chaque projet est singulier à l’image de la personne qui le porte, je constate que les questions autour de l’écriture sont souvent les mêmes qui reviennent. 

Les peurs en écriture sont communes. Pour peu que l’on explore cette voie, on réalise vite, qu’elles sont aussi celles de nombreux auteurs publiés. 

Pendant ce mois de février, j’ai eu envie d’explorer ces freins qui peuvent paralyser et nous empêcher à la création et plus précisément à la réalisation de son projet d’écriture. 

Quelles sont vos freins d’écriture ?

Par où commencer ?

Par la page blanche, précisément.

S’assoir devant la page et s’obliger à rester là est la première de toutes les actions. Cela semble simple, idiot peut-être. Mais voici l’un des premiers gestes de l’écriture. Se mettre en situation de produire quelque chose.

Souvent, les mots viennent, les idées, les envies. Pas dans le bon ordre, de façon aléatoire. Peu importe à ce stade là, l’objectif n’est pas de produire une page parfaite, mais plutôt de poser sur le papier tous les éléments présents dans votre tête et qui font partie de l’histoire que vous voulez raconter. Martin Winckler explique ce c’est le moment de faire « sa liste de courses ».

Parfois c’est le trop plein d’idées qui nous joue des tours. Là encore, l’exercice du vide poche peut vous aider à faire du tri. Y a-t-il une histoire qui revient, des personnages récurrents, des thèmes ? Le travail d’écriture est long. En ce sens, je crois qu’il est important de s’atteler à une histoire qui nous passionne et que nous aurons plaisir à porter longtemps en nous, y compris dans les moments de découragement.

Une fois que vous tenez votre sujet, peut-être même votre ébauche d’histoire, ce qui me guide en écriture pour rester concentrée est de penser au conseil de John Steinbeck : écrire une page après l’autre*.

Faire des choix 

Raconter une histoire c'est avant tout faire des choix. Et souvent... renoncer ! 

Dans votre nouvelle ou dans votre histoire, vous ne pourrez pas raconter l'entièreté de l'univers littéraire et imaginaire qui vous habite. C'est pourquoi, une fois que vous avez identifié les thèmes forts que vous voulez porter par l'écriture, il est important de réfléchir au "comment". Comment voulez-vous les incarner ? Avec quelle histoire voulez-vous le racontez ?

Baliser ce qui appartient à votre histoire et ce qui est l'objet d'une autre histoire, revient à travailler sur la structure et la délimitation de votre récit. C'est souvent un travail préliminaire et nécessaire pour ne pas perdre le fil.  

Je n'ai pas le temps ! 

En atelier d'écriture, un participant m'a récemment demandé : est-ce que vous connaissez des femmes, qui ont un travail, des enfants et qui réussissent à écrire ? Ce sujet me passionne. 

La réponse est OUI, PLEIN ! 

Est-ce que c'est facile ? La réponse est NON bien évidemment. 

Comment font-elles ? La réponse est JE NE SAIS PAS car chacune trouve son propre système. 

Les journées ne font que 24 heures. Ce chiffre est le même pour tous. Créer du temps supplémentaire est impossible. Alors chacune de ces autrices composent, volent du temps, font des tentatives d'écriture. De ces tentatives répétées, acharnées, recommencées, naissent des textes et des oeuvres. Merveilleuses. 

On peut. On doit (peut-être la seule injonction de l'écriture) voler du temps à l'écriture. Jamais il ne s'offre à nous. 

Leïla Slimani explique que la première règle quand on veut écrire un roman c'est de commencer par dire "non". Dire non à ce qui vous détournera de ce projet. Et les distractions, on le sait, sont nombreuses. Il existe toujours autre chose à faire (mieux ?) qu'écrire. N'est-ce pas ? 

Et si vous vous demandez qui y arrive ? Je pense à Pauline Delabroy-Allard, à Marcia Burnier, à Olivia Elkaïm, à Diane Brasseur, à Amélia Matar... On peut continuer longuement, sinon allez dans votre librairie préférée et regardez cette armée de noms de femmes qui peuplent les rayons. 

Écrire : art ou artisanat ?
 

Pour ma part, j'aime d'abord considérer l'écriture comme un artisanat. Cela inscrit ce travail dans le temps. Soudain cela rend les choses moins absolues, moins graves aussi. 

Exit le génie qui arrive dans un rai de lumière d'un coup, d'un seul. Écrire se travaille, se façonne, prend du temps, exige de se remettre à l'ouvrage. Encore et encore. 

C'est ma croyance forte. Celle que j'ai apprise dans les écrits de Martin Winckler, celle que j'ai retrouvé dans la philosophie de l'école Les Mots. 

Vous ne savez pas jouer de clarinette. Mais vous désirez jouer de la clarinette. Seul ou guidé par un professeur vous allez vous entraîner, plusieurs mois, peut-être même plusieurs années pour parvenir à exécuter parfaitement la partition d'un opéra célèbre. 


Pourquoi ne serait-ce pas le même chose en écriture ? 
 

Écrire prend du temps, écrire est exigeant, écrire se bâtit texte après texte. Garder le cap de l'écriture se construit dans la durée. Entre la page blanche et le manuscrit relié, les outils, les étapes de construction et les heures de travail à sa table sont nombreux. Comme un artisan. 

* Références de l'article 

  • « Je devrais ouvrir la page pour le travail d’aujourd’hui sur le livre. Il y a tant de choses qui doivent entrer dans ce livre. Un nombre de choses étonnant. Mais je vais les inclure toutes si je me détends et les introduis jour après jour et ne me soucie plus que des 2 000 mots de travail quotidien. C’est la seule façon de le faire, je m’en suis rendu compte.», Journal de travail, John Steinbeck
  • « La première règle quand on veut écrire un roman, c'est de dire non. Non, je ne viendrai pas boire une verre. Non, je ne peux pas garder mon neveu malade. Non, je ne suis pas disponible pour déjeuner, pour une interview, une promenade, une séance de cinéma. Il faut dire non si souvent que les propositions finissent par se raréfier, que le téléphone ne sonne plus et qu'on en vient à regretter de ne recevoir par mail que des publicités.» Le parfum des fleurs la nuit, Leïla Slimani, éditions Stock

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